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Une modification de dernière minute de Status supprime l’interdiction pour le président en excercice de l’AUF, Sorin Cîmpeanu, de briguer un second mandat. (INQUAM PHOTOS / ILONA ANDREI)

Le ministre roumain de l’Education Sorin Cîmpeanu a la voie ouverte pour un nouveau mandat de président de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), un réseau international d’universités, de grandes écoles, réseaux universitaires et centres de recherche qui compte actuellement 1 007 membres dans 119 pays et gère un budget annuel d’environ 40 millions d’euros.

Le statut de l’AUF ne permettait pas à Sorin Cîmpeanu de se représenter. Une disposition présente dans les versions antérieures des statuts, reconfirmée à l’Assemblée générale de 2017, limitait l’exercice du poste de président à un seul mandat de quatre ans, sans possibilité de renouvellement.

Mais en juillet 2021, deux mois avant les élections, une session extraordinaire de l’Assemblée générale s’est tenue à Bucarest au cours de laquelle le Conseil d’administration de l’AUF, dirigé par Sorin Cîmpeanu, a initié et soumis à l’approbation des membres la modification des statuts.

Avec cette modification bureaucratique passée en silence – et dont il est le seul bénéficiaire – Sorin Cîmpeanu exporte vers une organisation internationale le modèle est-européen de l’éternisation des chefs, à travers des changements statutaires apparemment inoffensifs, dans des postes de direction. 

Un mois et demi avant l’Assemblée générale extraordinaire au cours de laquelle le statut de l’AUF devait être approuvé, Cîmpeanu parlait déjà, dans un discours prononcé à l’Ambassade de France à Bucarest, de la possibilité d’exercer un second mandat de président de l’AUF.

Jusqu’à la publication du présent article, Sorin Cîmpeanu n’avait pas répondu aux questions que nous lui avons adressées afin de tirer au clair [1] s’il avait déposé sa candidature pour obtenir un nouveau mandat de président de l’AUF et [2] qui avait lancé la modification des Status rendant possibles deux mandats successifs de président pour la même personne.

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Sorin Cîmpeanu est devenu président de l’AUF en mai 2017 lorsqu’il a été élu, à l’Assemblée générale de Marrakech (Maroc), par 133 voix. Il a obtenu 20 voix de plus que son adversaire, Ana Guțu, vice-rectrice d’une institution privée moldave, l’Université Libre Internationale. 

Ces jours-ci, officiellement, le mandat de président de l’AUF du ministre Sorin Cîmpeanu devrait prendre fin.

En vertu de l’ancien statut de l’Agence, Sorin Cîmpeanu aurait dû passer le relais, lors d’une cérémonie à l’Université polytechnique de Bucarest, à son successeur à la Présidence de l’AUF. 

Seulement, du 28 au 30 juillet 2021, lors de l’Assemblée générale extraordinaire de l’AUF les statuts de l’institution ont été modifiés. 

Le site Web de l’AUF n’inclut aucune information sur cette assemblée générale extraordinaire, la première convoquée depuis 20 ans. L’Agence n’a pas transmis un communiqué de presse officiel sur l’organisation de l’Assemblée générale extraordinaire de Bucarest, sur les modifications adoptées, sur le nombre de membres titulaires qui ont voté ou sur le résultat du vote.

La seule information disponible sur le site est que le nouveau statut a été adopté « à une large majorité des membres titulaires présents ».

L’annonce publiée le 5 août 2021 par auf.org sur les modifications de statut adoptées le 28 juillet 2021

De même, la page Facebook de l’AUF annonçait neuf jours après l’événement qu’un nouveau statut de l’Agence venait d’être adopté par un vote en ligne.

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Pourquoi a-t-on eu recours à une Assemblée générale extraordinaire en juillet, alors que l’Assemblée générale ordinaire de l’AUF – qui se tient tous les quatre ans – était déjà annoncée dès le mois de mai pour la période du 21 au 24 septembre, également à Bucarest ?

Pourquoi deux assemblées générales ont-elles été organisées en une seule année, à deux mois d’intervalle, et pourquoi les modifications du statut n’ont-elles pas été adoptées pendant l’assemblée générale ordinaire, comme c’est habituellement le cas ? 

Une partie de la réponse à ces questions peut être trouvée dans les modifications concernant le nombre de mandats du président de l’AUF. 

Le statut adopté en 2017 précisait, à l’article 4.1, que « le Président est élu pour quatre ans par les membres titulaires de l’Assemblée générale […]. Le mandat du président ne peut pas être renouvelé ».

Dans le nouveau statut, adopté en juillet 2021 à l’article 5.2, il est précisé que « le Président est élu par les membres titulaires de l’Assemblée générale […]. Le mandat du Président est de quatre ans et peut être renouvelé une fois à l’Assemblée générale qui suit son premier mandat ».

Cette dernière précision peut donc expliquer, au moins en partie, la raison pour laquelle une assemblée générale extraordinaire se tient deux mois seulement avant l’assemblée générale ordinaire. Les documents officiels de l’AUF montrent que la dernière assemblée générale extraordinaire, qui avait sur son agenda également la modification des statuts, a eu lieu il y a 20 ans, en 2001.

Selon les nouveaux statuts, l’actuel président de l’AUF, Sorin Cîmpeanu, peut donc briguer un nouveau mandat.

« Ce second mandat n’aurait pas été possible si le nouveau statut avait été adopté à l’Assemblée générale ordinaire du septembre, puisque les candidatures sont présentées au moins 30 jours avant l’ouverture des travaux de l’Assemblée générale », a expliqué pour PressOne la représentante d’une université membre de l’AUF. 

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La page consacrée à l’Assemblée générale de l’AUF à Bucarest, qui commence aujourd’hui, précise que les élections du nouveau président et du nouveau Conseil d’administration auront lieu les 22 et 23 septembre, les résultats devant être annoncés le vendredi 24 septembre.

Les élections se dérouleront en format hybride, avec une partie des membres titulaires (630 au total, selon le site auf.org) qui pourraient voter sur une plateforme sécurisée.

La date limite pour le dépôt des candidatures était le 20 août 2021, mais le lien Candidatures et élections (pdf) ne révèle aucune information sur ceux qui seraient inscrits dans la compétition. Message du lien : « Aucun élément trouvé ».

Le site web de l’Agence ne fournit aucune information sur les éventuels candidats, mais des sources consultées par PressOne affirment que Sorin Cîmpeanu se représentera pour un nouveau mandat.

Par ailleurs, tard hier soir, nous sommes entrés en possession du document officiel de l’AUF qui montre, sans aucun doute, que Sorin Cîmpeanu présentera officiellement aujourd’hui, à 16h30, sa candidature à la présidence de l’AUF.

Le contre-candidat de Sorin Cîmpeanu a la présidence de l’AUF est le professeur vietnamien, Nguyen Ngoc Dien, qui assure la coordination régionale des recteurs francophones de la région Asie-Pacifique.

« Selon l’ancien statut, Sorin Cîmpeanu n’aurait pas eu le droit de candidater pour un nouveau mandat. Mais avec l’adoption du nouveau statut de l’AUF, deux mois seulement avant l’assemblée générale ordinaire, la possibilité a été créée pour le président sortant de poser sa candidature à un nouveau mandat », explique la même source.

« Autrement dit, le président de l’AUF, qui est également président du Conseil d’Administration de l’AUF, a dirigé les travaux d’une Assemblée générale extraordinaire qui a légiféré directement en sa faveur », souligne la même source.

Le Recteur de l’AUF

A côté du président, qui a une fonction de représentation, l’activité de l’AUF est gérée aussi par un recteur, dont la fonction est exécutive. Alors que le président est élu à la majorité absolue des membres titulaires de l’AUF, le recteur est élu par le Conseil d’Administration. 

Le recteur de l’AUF dispose d’un bureau permanent à Paris et est rémunéré pour son travail. Le poste est occupé actuellement par Slim Khalbous, ancien ministre tunisien de l’Enseignement supérieur, élu par le conseil d’administration en 2019

Le recteur de l’AUF, Slim Khalbous. (PHOTOS: Compte Facebook de l’Agence Universitaire de Francophonie)

Certaines sources de l’AUF affirment qu’en 2019, le Bureau du Conseil d’Administration, dirigé par son président, Sorin Cîmpeanu, aurait bloqué la candidature du recteur sortant de l’époque, Jean-Paul de Gaudemar, pressenti pour un second mandat, ouvrant ainsi la voie au candidat tunisien.

Contrairement au président, qui ne pouvait à l’époque avoir qu’un seul mandat, le statut de l’AUF permettait au recteur Jean-Paul de Gaudemar de candidater pour un second mandat. 

Les mêmes sources affirment que le recteur de l’AUF, Slim Khalbous, a soutenu la modification des statuts de l’Agence qui ouvrent aujourd’hui la voie à Sorin Cîmpeanu pour un second mandat. 

Cristian Preda, doyen de la Faculté des Sciences Politiques de l’Université de Bucarest, soutient que Sorin Cîmpeanu a rendu certains services au recteur Khalbous, dont la libération du poste de directeur de la direction régionale de Bruxelles pour une connaissance de celui-ci. 

« Avant l’élection de Sorin Cîmpeanu à la présidence de l’AUF, Ciprian Mihali avait obtenu par concours le poste de directeur d’un bureau régional de l’Agence Universitaire de Francophonie, à savoir le bureau de Bruxelles. Une position qu’il a perdue, puisque Cîmpeanu a tiré les ficelles pour le remplacer avec une amie du recteur tunisien de l’Agence », affirme Preda. 

Ciprian Mihali est ancien ambassadeur de Roumanie au Sénégal et dans sept autres pays d’Afrique de l’Ouest. Maître des conférences à l’Université « Babeș-Bolyai » de Cluj-Napoca, il est docteur en philosophie depuis 2000, avec une thèse en cotutelle entre les universités de Cluj et de Strasbourg. 

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Depuis son entrée dans la vie publique, Sorin Cîmpeanu, grand amateur de titres et de fonctions, possède une riche expérience dans la recherche d’échappatoires bureaucratiques légales pour rester dans les fonctions acquises lorsque les dispositions légales lui interdisent de se représenter.

Premier exemple : à l’Université des Sciences Agricoles et de Médecine Vétérinaire de Bucarest (USAMV-B), où il est devenu recteur en 2012, il n’avait plus le droit de briguer un troisième mandat. La loi roumaine de l’Education limite l’occupation du poste de recteur dans les universités roumaines à deux mandats successifs complets. 

Mais en 2018, il s’est suspendu de ses fonctions pendant environ trois semaines. Le prétexte était sa participation dans une mission aux Maldives et dans plusieurs États asiatiques afin de promouvoir la candidature de la Roumanie pour un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Du coup, ses mandats successifs n’étaient plus « complets ». Il a été légalement réélu, en 2020, pour la troisième fois.

Deuxième exemple : en 2013, il devient président du Conseil National des Recteurs (CNR), une organisation regroupant des recteurs d’environ 70% des universités roumaines, après avoir discrètement orchestré le débarquement de l’ancienne ministre de l’Éducation, Ecaterina Andronescu. N’étant plus rectrice, celle-ci refusait de convoquer une réunion pour élire un nouveau président. 

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Cîmpeanu a recueilli silencieusement les signatures d’un tiers des recteurs du pays et a ainsi réussi à convoquer l’Assemblée générale du CNR à la suite de laquelle il a été élu président. 

Selon l’ancien statut du CNR, un membre pouvait être élu président pour deux mandats tout au plus, éventuellement successifs. Les deux mandats successifs de Cîmpeanu expiraient en mai 2020. Mais, juste avant les dernières élections de mai 2020, le statut du CNR a été modifié et toute disposition relative à la limitation du nombre de mandats a été supprimée. 

L’élection de Cîmpeanu pour un troisième mandat de président du CNR a été contestée par Remus Pricopie, recteur de l’Ecole Nationale d’Etudes Politiques et Administratives (ENEPA). Par ailleurs, Pricopie annonçait publiquement, le 15 septembre 2020, que le Conseil d’Administration de l’ENEPA avait décidé « à l’unanimité » de contester devant les tribunaux l’élection de Cîmpeanu. 

En réponse à cette annonce, Sorin Cîmpeanu a déclaré pour Libertatea que « probablement en raison des absences successives aux réunions plénières du CNR, le recteur Remus Pricopie n’est plus très au courant de ce qui s’est passé lors de la réunion des recteurs membres du CNR ».

Trois jours après cet échange via la presse, Sorin Cîmpeanu authentifie devant un notaire de Brașov le statut mis à jour sur le fonctionnement du CNR. 

Il convient de noter que le CNR est l’une des organisations universitaires les plus opaques de Roumanie: le site web de l’association, cnr-romania.ro, est « en reconstruction » depuis plus d’un an et demi.

En janvier 2021, lorsqu’il prend ses fonctions de ministre de l’Éducation, Cîmpeanu ne démissionne pas de sa qualité de président du CNR, mais s’auto-suspend de ses fonctions. Celles-ci sont assurées à tour de rôle, pour des mandats de six mois, par l’un des membres du CNR.

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Recteur pour un troisième mandat, président du Conseil National des Recteurs pour un troisième mandat et président de l’Agence Universitaire de la Francophonie sur le point d’obtenir, cette semaine, un second mandat. 

Ces fonctions s’ajoutent à une longue liste de titres scientifiques que Sorin Cîmpeanu a collectionné au cours des dix dernières années, en plus de ses fonctions politiques de député, sénateur et ministre de l’Éducation pour une deuxième fois.

Sorin Cîmpeanu est membre de deux académies : membre titulaire de l’Académie des Sciences Agricoles et de Silviculture « Gheorghe Ionescu-Sișești » et membre correspondant de l’Académie Roumaine des Sciences Techniques.

D’un troisième poste, celui d’académicien à l’Académie des Sciences de la Sécurité Nationale (ASSN) – une institution particulièrement opaque, secouée par des scandales de plagiat – il a démissionné le mois dernier. Il est à noter que dans le domaine des « sciences de la sécurité nationale », l’ancien universitaire n’avait aucune compétence scientifique et aucune activité scientifique.

La démission de l’ASSN fait suite à la pression publique et à un conflit ouvert avec le président par intérim de l’ASSN, Remus Pricopie.

En outre, Cîmpeanu a acquis depuis 2014, l’année où il est devenu ministre pour la première fois, pas moins de dix titres de Docteur Honoris Causa, dont cinq en une seule année, en 2018.

Cîmpeanu et le français

Parmi les arguments de ceux qui contestent la capacité de Cîmpeanu à promouvoir véritablement la francophonie et ses valeurs figure l’argument de sa connaissance du français.

Cristian Preda, doyen de la Faculté des sciences politiques de l’Université de Bucarest, déclare que « Sorin Cîmpeanu est président d’une Agence qui réunit les universités francophones, mais […] il n’a rien publié dans cette langue. Son élection est exclusivement le résultat de manœuvres en coulisses. C’est ridicule : c’est comme si je deviendrais un jour ministre de l’Agriculture et je revendiquerais le poste de président des Universités d’agriculture sans avoir écrit une seule ligne à ce sujet ».

Sorin Cîmpeanu a toutefois inclus trois articles en français dans sa liste de publications scientifiques, qui comprend 18 livres ou chapitres de livres et 112 articles. Les trois articles datent de 1994, lorsque Cîmpeanu était assistant universitaire. Les articles ont été présentés lors de la Conférence européenne sur l’irrigation et le drainage qui s’est tenue en Bulgarie à Varna. Aucun de ces textes (publiés dans le recueil de la conférence) n’a comme premier auteur Sorin Cîmpeanu. 

La liste des publications scientifiques signées par Sorin Cîmpeanu était par ailleurs inaccessible au public jusqu’à il y a un mois, en août 2021. L’université qu’il dirige depuis 2012, l’USAMV-B, ne l’avait pas publiée sur son site et en plus elle refusait de la rendre publique à une demande écrite de PressOne en juillet 2021 en vertu de la loi sur le libre accès à l’information d’intérêt public. 

L’USAMV-B a officiellement motivé son refus en invoquant, dans un argument de deux pages, que « les informations sollicitées ne font pas partie de la catégorie des informations d’intérêt public” et a en outre invoqué le RGPD, affirmant qu’ils „contiennent des données à caractère personnel ».

« Le traitement de données à caractère personnel […] ne peut être effectué que si le salarié a expressément consenti à ce traitement », a déclaré l’USAMV-B.

De la même façon, le ministère de l’Éducation a refusé de publier la liste des articles scientifiques du ministre à la demande de la journaliste Melania Cincea. « Votre demande ne concerne pas des actes procédant de l’activité du ministère de l’Éducation », a expliqué le Bureau de presse du ministère 30 jours après le dépôt de la demande. Il faut noter qu’en cas de réponse négative, celle-ci devait être communiquée rapidement, dans les cinq jours.

Après la publication par PressOne de l’article « Œuvre scientifique au secret. Qu’est-ce que le ministre Sorin Cîmpeanu a-t-il à cacher? », l’USAMV-B a finalement publié la liste des articles scientifiques du ministre de l’Éducation.

La controverse sur la mise au secret de son œuvre scientifique faisait suite à une autre controverse, d’une ampleur encore plus grande. En juin, le ministre Sorin Cîmpeanu a essayé d’introduire toute une série de changements pro-plagiaires dans la méthodologie d’analyse des saisines concernant le plagiat dans les thèses de doctorat. 

L’une d’entre elles, selon laquelle toutes les thèses suspectes devaient obligatoirement être analysées « in integrum », a été vivement contestée par les experts anti-plagiat comme étant non-justifiée, dangereuse et rendant impossible son application pratique.

Le 3 août 2021, le ministre a renoncé à la tentative de modification de la méthodologie, mais seulement après l’intervention publique de plus de 800 membres de la communauté universitaire et de la société civile, qui ont demandé au président Klaus Iohannis, initiateur du projet national « La Roumanie éduquée », de préciser publiquement sa position concernant l’impact des nouvelles dispositions sur la lutte anti-plagiat en Roumanie.

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La tentative du ministre d’introduire une série de changements pro-plagiaires dans la législation a déclenché une vague de commentaires négatifs et de protestations sur la page Facebook de l’Ambassade de France à Bucarest, qui, le 18 juin, annonçait qu’elle avait décerné à Cîmpeanu Les Palmes Académiques au grade de commandeur.

Dans l’article qui signale l’événement, Cîmpeanu se déclare « ému par la proposition française de se représenter pour un second mandat à la présidence de l’AUF ». « Je sais pas si je peux satisfaire toutes les exigences, mais on a encore du temps jusqu’au mois de septembre », a déclaré le ministre.

À la date de la déclaration, le statut de l’AUF interdisait à Cîmpeanu de se représenter, ce qui prouve qu’il préparait déjà son couloir pour un second mandat. Ce n’est qu’après six semaines que le statut sera officiellement modifié.

Toujours à l’occasion de la cérémonie à l’Ambassade de France, Cîmpeanu a avoué qu’il n’avait pas appris le français à l’école et que l’apprentissage de cette langue était « une choix ».

Dans son CV, Sorin Cîmpeanu évalue avec le qualificatif « très bien » sa connaissance du français pour tous les critères : écoute, lecture, participation à la conversation, discours oral et expression écrite.

Un discours disponible en ligne prononcé par Sorin Cîmpeanu le 21 juin 2021, à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie, permet au public de constater dans quelle mesure l’auto-évaluation « très bien » du ministre est pertinente :

Un connaisseur du français peut détecter, dans ce discours pourtant dépourvu de complications linguistiques, de nombreuses maladresses et erreurs d’expression : en réalité, le président de l’AUF parle le français à un niveau bien inférieur à l’auto-évaluation « très bien » de son CV.

Qu’est-ce que l’AUF ?

L’Agence Universitaire de la Francophonie est un réseau international d’universités et d’institutions de recherche qui compte actuellement 1 007 membres dans 119 pays. Basée à Montréal, l’AUF est gérée depuis ses deux sièges sociaux de Paris et de Montréal et dispose de dix directions régionales et d’une soixantaine d’implantations physiques à travers le monde. 

Selon le dernier rapport annuel d’activité publié sur le site de l’Agence, son budget était d’environ 40 millions d’euros en 2019. Ce budget est distribué de façon relativement égale entre les dépenses de fonctionnement des locaux et des bureaux, les projets coordonnés par l’AUF et les salaires des 350 employés. 

Plus de 80% du budget de l’AUF provient des contributions des États membres de la Francophonie et, parmi eux, la France est le principal contributeur. Les 20% restants du budget proviennent des cotisations des universités membres, des projets internationaux ou des partenaires institutionnels.

Pourquoi l’AUF est-elle importante ?

La Roumanie est un membre important de l’AUF : d’abord, c’est le seul pays aux traditions véritablement francophones de cette partie de l’Europe, le seul pays avec une langue d’origine latine et le seul pays où le français est encore largement enseigné à l’école. 

Ensuite, l’histoire culturelle de la Roumanie est étroitement liée à la France. 

Enfin, Bucarest, qui n’hésite pas à revendiquer son titre d’entre-deux-guerres « le petit Paris », accueille depuis 1994 la Direction régionale Europe Centrale et Orientale de l’AUF, qui compte 145 membres dans 23 pays, allant d’Europe centrale jusqu’en l’Arménie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Kirghizistan ou Russie. La Roumanie participe également avec des fonds importants au budget de l’AUF, notamment à travers le programme de bourses « Eugen Ionescu » du ministère des Affaires Etrangères.

Sur les 145 établissements universitaires membres (universités et institutions de recherche) de la Direction Régionale Europe Centrale et Orientale, 44, soit près d’un tiers, se trouvent dans un seul pays : la Roumanie. 

Pourquoi c’est si important pour le ministre Sorin Cîmpeanu d’être président de l’Agence Universitaire de la Francophonie ? 

Un coup d’œil sur son CV permet de se rendre compte qu’il s’agit en fait du seul titre d’importance internationale dans sa riche collection, lui garantissant ainsi des contacts directs avec les milieux universitaires internationaux, mais aussi avec les milieux diplomatiques et politiques, jusqu’aux ambassadeurs et aux chefs d’État.

Outre la liste des cours d’une qualité douteuse qu’il a suivis dans des universités militaires roumaines secouées par des scandales de plagiat, de véritables usines de doctorat pour les politiciens plagiaires, le titre de président de l’Agence Universitaire de la Francophonie permet à Sorin Cîmpeanu, malgré son pauvre français, de se présenter comme « révélateur du génie de l’éducation supérieure francophone et de la Francophonie scientifique ».

Cet article bénéficie de la contribution de Mona Dîrțu.

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